Dans cette série d’articles de blogs, nous partons à la rencontre de personnes qui ont connu un changement professionnel significatif, parfois volontaire, parfois imposé par les circonstances. Reconversion, grosse évolution ou changement radical de contexte, nos invité(e)s nous racontent leur parcours, leur ressenti et leur expérience. Dans cet article, nous découvrons Erika qui a quitté le salariat pour créer sa propre entreprise.
Je suis Erika Galland, j’ai 46 ans. Je suis Maman de 2 pré ados et je suis la fondatrice et gérante de l’entreprise Acapelart, basée en région parisienne. C’est une entreprise qui vise à révéler les âmes d’artiste, apporter du bonheur, mettre des étoiles dans les yeux, révéler les talents artistiques des petits et des grands. On propose des activités dans tous les domaines artistiques que ce soit le dessin, le chant, le théâtre, le cirque, les arts plastiques, le yoga etc.Le but est de proposer aux gens de se faire du bien tout simplement, d’exprimer leur créativité, de s’accorder un moment dans leur vie quotidienne effrénée pour développer leur âme d’artiste. On propose des activités pour les particuliers en région parisienne (stages, ateliers, cours) et on travaille avec les collectivités et les écoles, les centres médicaux sociaux, les entreprises, pour tout simplement leur amener de la joie. Je pense aux écolesoù ça sera beaucoup des activités périscolaires, pour simplifier la vie des parents, pour que les enfants pratiquent une activité après l’école ou pendant les vacances par exemple, pour occuper intelligemment les enfants. Et quand ça va être dans les structures collective de type de l’entreprise, Centre Médicaux Sociaux, EPHAD, ça peut être aussi pour que les personnes qui sont dans ces lieux-là créent du lien, se fassent du bien, amener de la convivialité en tout cas dans ces structures. L’entreprise existe depuis 2020, l’idée est née pendant le confinement. J’étais en autoentreprise jusqu’en 2022 et j’ai créé l’entreprise en 2022. C’est né du confinement parce que j’ai observé qu’on était enfermés, que les gens ne pouvaient plus aller à leur cours de chant, de théâtre ou autre, aller au cinéma, se divertir, se cultiver… J’ai aussi vu mes enfants s’ennuyer et je me suis dit comment faire pour contribuer, pour apporter ma pierre à l’édifice, et j’ai créé comme ça des cours en visio à l’époque, de théâtre, de dessin, de magie… et ça a marché !
J’ai fait une école de commerce, à la fois à Bordeaux et en Angleterre (2 ans à Bordeaux, 2 ans en Angleterre). À l’époque c’était un équivalent bac+4 et j’ai fait une 5e année en marketing.
Ensuite j’ai bossé directement dans des grandes entreprises à des postes de communication. Ayant une âme d’artiste depuis toujours c’est cette fonction-là qui m’appelait pour développer la créativité. Donc j’ai bossé d’abord chez Lucent, chez GoodYear, puis Sodexo pendant 20 ans. J’y suis rentrée sur un poste de communication internationale. Je m’intéressais déjà au développement durable, à l’impact qu’on pouvait laisser sur l’humain etc, j’ai intégré l’équipe développement durable de sodexo. Je suis restée 7-8 ans dans la comm dans une filiale, puis je suis passée au groupe au moment où ils ont créé l’équipe développement durable. C’était super intéressant justement car j’y ai trouvé une partie créative de créer la stratégie, de participer au lancement, de mettre en place les activités, se coordonner avec les pays etc. Je suis restée 10 ans au développement durable. A l’époque (2007-2008) ce n’était pas encore à l’ordre du jour donc c’était intéressant de travailler sur ces sujets-là de manière pionnière.
Je savais déjà depuis le début que la voie commerciale-marketing des grandes boites ce n’était pas mon truc. Donc je me suis un peu forcée. Je suis restée là parce que peur d’autre chose, parce que la voie salariée est celle qu’on te prône depuis toujours, parce que j’avais fait des études dans ce domaine-là, c’était la voie toute tracée mais j’avais le désir d’entreprendre depuis hyper longtemps. J’ai retrouvé il n’y a pas longtemps un bilan de compétences que j’avais fait dans les années 2000 et il y avait déjà ce désir d’entreprendre. Je suis issue d’une famille pas d’entrepreneurs mais d’indépendants dans le domaine médical. Ils sont tous leur propre patron.
J’avais donc ce désir d’entreprendre depuis toujours. Je me suis toujours sentie un peu à part de ce monde « corporate », j’ai une personnalité un peu « rentre-dedans » et ça ne passait pas toujours. Je sentais que ce n’était pas fait pour moi. J’ai toujours eu cette âme créative, cette âme d’artiste qui n’a pas vraiment su s’exprimer. J’ai fait à titre perso (c’est pour ça aussi que j’en suis venue à Acapelart) du chant, du théâtre, de la danse, j’ai écrit… ça m’a vraiment aidé dans mon parcours personnel. Le fait d’avoir des activités artistiques à côté c’était ma bouée de sauvetage au quotidien. Au moment où le covid est arrivé, j’avais déjà une petite graine qui était plantée. J’avais le nom Acapelart dans la tête depuis 2017. 3 ans que je crées la boite je m’étais dit « un jour je créerai une boite dans le domaine de l’art et elle s’appellera Acapelart ». J’avais déjà écrit, j’ai retrouvé des notes de cette époque-là. Mais on te dit ce n’est pas un domaine rémunérateur ; donc ce n’était pas évident de se lancer. En plus entre temps j’ai divorcé, je me suis retrouvée toute seule avec deux enfants. Donc la voie sécuritaire c’était de rester dans un boulot salarié avec un bon salaire etc. Donc c’était une période compliquée et je me suis faite accompagnée par une hypnothérapeute pendant 2-3 ans. C’est grâce à elle que la 1ere pierre du changement est arrivée, avec la séparation avec mon mari. On a aussi travaillé sur le professionnel, et à un moment donné où j’étais encore chez Sodexo et où je n’ai pas obtenu l’avancement et la reconnaissance que je souhaitais, je me suis dit « là maintenant ça suffit, j’en ai marre de donner et de toujours être pas forcément valorisée, reconnue. » Je me suis dit « ça suffit je vais faire autre chose, puisqu’ils ne veulent pas reconnaitre mes compétences je vais les mettre ailleurs. » Et donc j’ai suivi un coaching collectif, qui s’appelait Waouh Me, c’est un programme qui permet de trouver sa voie professionnelle. J’ai fait ce coaching pendant 6 mois qui m’a vachement aidé, et là j’ai reconnecté à ce que j’avais laissé de côté, le fait de vouloir entreprendre, le fait d’être artiste, de vouloir travailler dans le domaine artistique. J’ai reconnecté à qui j’étais vraiment pendant ce coaching. C’était en 2019 et 1 an après j’ai créé ma boite. Initialement ce n’était pas sous ce format là. Je voulais ouvrir un lieu, j’avais répondu à un appel d’offre de la ville de Paris, ce qui m’a permis de tout écrire, de mettre le projet sur papier. Et le covid est arrivé. Et là désillusion… Et un weekend j’ai eu un éclair de génie « les gens sont enfermés, on va le lancer en visio ». Au début c’était surtout pour contribuer, je ne pensais pas lancer ma boite. Et finalement les planètes se sont alignées. Peu de temps après un lieu m’a contactée pour faire un atelier en présentiel près de chez moi. Et en octobre 2020 j’apprends à la radio que Sodexo va licencier 2000 personnes en France. Et c’est comme si j’avais été touchée par la grâce, c’était ma chance de partir.
D’un côté, je me sentais libérée délivrée en mode reine des neiges. De l’autre apeurée, maman solo, 2 enfants, un crédit immobilier. J’avais déjà eu un grand chamboulement perso 4 ans avant avec le divorce et après là l’aventure entrepreneurial dans un domaine artistique où tout le monde me décourageait… C’était chaud ! Chaud ! Chaud ! C’était un mixte de sentiments : enfin je vais me libérer de l’entreprise et du salariat, et en même temps où est ce que je vais ! La chance que j’ai eue c’est que c’était un licenciement économique avec des conditions de départ franchement bien. Et j’ai créé avant de partir donc ma boite avait déjà 1 an d’existence quand je suis partie. Je n’arrivais plus à gérer Sodexo, Acapelart, les enfants, je commençais à péter un plomb. Donc le licenciement est arrivé comme une libération. Grâce à l’expérience dans une grosse boite comme Sodexo, ça m’a aidé à rapidement mettre en place des actions : j’ai délégué rapidement, j’ai investi. L’avantage d’avoir fait une école de commerce, plus de la comm, plus du marketing m’a donné une vision transversale des choses qui m’aident beaucoup aujourd’hui dans la gestion. C’est comme si toutes les pièces du puzzle des études, du pro et perso s’étaient assemblées. J’ai pu lier ce que j’aimais à mes compétences.
Déjà j’ai toujours été intéressée par le développement personnel. Aussi, par le plan de licenciement avec Sodexo on était accompagnés par quelqu’un pour la création d’entreprise. Et moi à l’époque j’avais besoin de gérer mon stress car je suis quelqu’un d’angoissé. Donc j’ai pris un accompagnement avec un coach pendant 1 an qui m’a initiée à la méditation. Ce qui m’a permis de mettre ça en place dans mon quotidien pour mieux gérer mon stress et m’accompagner dans le changement.
J’en ai fait un il y a 20 ans mais pas au moment du changement.
Non car celui que j’ai fait il y a 20 ans m’a complètement démoralisé. J’étais déjà dans un mode entreprendre et le consultant m’avait dissuadée en disant « ce n’est pas pour vous, vous n’y arriverez pas, restez où vous êtes c’est le mieux pour vous ». Donc j’ai perdu quelques années avec ce bilan qui m’a démoralisée plus que boostée. Le problème n’est pas le bilan mais plutôt le consultant. Mais si j’avais écouté tous ceux (une personne de l’APEC, le consultant en bilan de compétences, mes parents, mes potes salariés…) qui m’ont dit que je n’y arriverai pas… Je me suis retrouvée un peu toute seule ! Heureusement j’avais le coaching et j’ai aussi rejoint un réseau d’entrepreneurs, et ça m’a vachement aidé. Si je devais recommander quelque chose à quelqu’un qui se lance c’est ça : rejoindre un réseau d’entrepreneurs. Je me suis mise dans un réseau québécois, car je me suis dit que la vibe était complètement différente de la vibe française, plus axée sur l’entrepreneuriat, sur le fait d’oser, d’y aller, d’avoir de l’audace. J’avais besoin de ça pour m’en sortir ; d’aller vers des gens qui n’ont pas peur et qui me disent que ça peut marcher. Je suis restée dans ce réseau pendant 3 ans, et sans ce réseau je n’aurais pas eu cette évolution.
Continuer à développer Acapelart, avoir de nouveaux clients, développer de nouveaux marchés (maison de retraite, centre médico-sociaux..). J’ai lancé un podcast avec l’ambition d’inciter les gens à s’écouter et à réaliser leur rêve en se disant que c’est possible et de montrer des exemples que c’est possible donc j’interviewe des gens qui ont des parcours inspirants, qui ont changé de vie, qui vivent de leur vie d’artiste alors que ce n’était pas forcément possible au départ. Un de mes désirs maintenant, j’aime les challenges, c’est d’animer des conférences, pour parler de mon parcours, inspirer les gens, leur donner la pêche, continuer de rêver… J’ai une conférence professionnelle en juin sur l’art dans l’éducation car il n’y en a pas assez aujourd’hui. Et en novembre, lors du sommet de la motivation, ça sera plus dans la lignée de podcast, sur comment on peut utiliser sa créativité pour construire sa vie de rêve. Et j’ai aussi un projet de livre, mon premier, sur le sujet de la créativité et des rêves… un rêve de longue date que j’espère réaliser !
Que mon entreprise grandisse, que je puisse en vivre bien, que je puisse rendre le plus de gens heureux, que je puisse faire travailler des gens pour contribuer aussi économiquement et socialement, que ça fonctionne pour que la grande vision se mette en place.
De se faire accompagner, de rejoindre un réseau d’entrepreneurs, de s’entourer de personnes qui les soutiennent. Mon cercle proche a complètement changé depuis que j’ai changé de métier. J’ai choisi d’arrêter certaines relations, de m’éloigner de la toxicité. J’ai arrêté de regarder les infos depuis des années et je préfère les choses positives. Travailler sur soi en permanence et suivre son intuition. Si tu ne le fais pas tu le sauras jamais. Si ça ne marche pas tu trouveras une solution, c’est propre à l’espèce humaine. Tant qu’on ne l’a pas fait on ne sait pas ! Quand on est salarié on est dans un ecosystème, quand on est entrepreneur on est seul, le burnout existe pour tout le monde. Il faut s’entourer, déléguer, investir et ne pas s’isoler. Il y a toujours moyen de se faire aider pour diminuer la charge et avancer.